Si un jour on vous annonce que vous souffrez d’un Cancer de la Thyroïde, il est possible que cela se passe comme suit…


Si un jour on vous annonce que vous souffrez d’un , il est possible que cela se passe comme suit…

Ça peut paraître bête mais à aucun moment de ma vie je ne me suis imaginé qu’il était possible d’insérer une aiguille dans une gorge, histoire de réaliser des prélèvements et faire l’analyse de nos cellules. Des petites choses qui font de nous des êtres vivants mais qui parfois nous jouent de sales tours… Et pourtant, j’en ai fais l’expérience ce jour la, vers 16h15…

Cytoponction pour diagnostiquer un Cancer de la Thyroïde

« Monsieur, respirer fort et ne bougez plus… », à ce moment là, je sens une petit aiguille me perforer… beurk, cela n’a pas duré plus de 30 secondes. Ce procédé s’appelle « cytoponction ».

Comment un simple rendez-vous chez un généraliste peut-il se terminer par une cytoponction ? Comment ai-je pu en arriver la ?

Après tout je n’étais venu consulter que pour un simple mal d’oreille. Finalement ce mal d’oreille n’était pas une otite, il s’agissait de 3 nodules (sorte de boules) dont l’un dépassait les 3cm2, la taille d’une noix. Pas étonnant que mon oreille me faisait mal.

Le médecin me rassure, cela ne devrait pas être bien grave, seul 3% des nodules sont cancéreux, alors pas d’inquiétude à avoir, cela n’arrive qu’aux autres après tout, n’est-ce pas ?

L’appel qui va tout boulverser

Quelques jours plus tard, un peu avant 20h, mon téléphone sonne. Je reconnais le numéro de l’endocrinologue qui me suit. En l’espace de quelques secondes je deviens joueur, c’est pile ou face, une chance sur deux…

Il me dit bonsoir, l’air agacé… mon rythme cardiaque s’accélère, il n’a rien mais j’ai compris. J’attends qu’il le dise, qu’il me dise que ce n’est pas jolie.

« Reead, je suis désolé, mais ce n’est pas très rassurant, il y a bien des cellules douteuses dans vos nodules, la probabilité d’une tumeur n’est plus à écarter ».

Comment vous dire ce que j’ai ressenti ce soir là ? Je l’ai remercié, j’ai raccroché, et je suis allé diner tranquillement comme si de rien n’était. Je me suis dis, je n’y peux rien, de toutes les façons c’est comme ça.

Pendant des années j’ai été un mec qui ne retenait aucunes de ses larmes et qui avais beaucoup de facilité à partager et à dire quand ça n’allait pas. Mais cette fois-ci, j’ai ressenti une douleur incroyable à l’estomac, la même que celle que j’avais eu à Alger pendant mon enfance lorsque j’ai eu la malchance de voir une explosion presque sous mes yeux lors d’un attentat. Cette fois-ci, c’est mon estomac qui venait d’exploser. La peur au ventre, une belle expression finalement.

La nuit qui a suivi cette annonce, comme quelques autres d’ailleurs, je me suis mis à pleurer, sans cesse, sans arrêt, en silence, c’était en fait comme une sorte de fuite d’eau, cela coulait et coulait, et ca ne s’arrêtait pas. Ca durait plusieurs dizaines de minutes, cela m’épuisait.

La suite vous la connaissez, je vous ai déjà raconté l’opération, il a fallu me retirer ma thyroïde.

Si un jour on vous annonce un cancer de la thyroïde, on vous expliquera qu’elle régule votre humeur, que son ablation vous rendra insupportable le temps de trouver un pseudo dosage. Il faut prendre un cachet par jour à vie pour replacer le travail qu’elle faisait, et ce traitement à vie sera à suivre scrupuleusement ; un petit cachet d’hormones quoi, pour moi son nom sera le Levothyrox.

On vous dira aussi que suite à l’ablation de la thyroïde vous ne grossirez pas, et que tout sera super et vite un mauvais souvenir, mais personnes ne vous demandera tout simplement, à cette instant ou tout est confus, tout simplement « comment vous allez ».

Plusieurs mois après cette ablation totale, j’ai suivi une cure d’iode afin de détruire toutes les cellules thyroïdiennes qui seraient encore dans mon corps et qui pourraient contenir des cellules cancéreuses, pouvant toucher d’autres organes.

L’ablation ne résout finalement pas tout. Ce n’est pas grave, dans cette lutte pour la survie tout est recommencement.

En quelques semaines, je suis passé de 68 kilos à près que 76 kilos. J’ai pourtant stoppé mes petits plaisirs quotidiens. Plus de Coca, plus de pâtes, pomme de terre, chocolat, sucre, bonbons… Mais rien n’y fait.

Si vous êtes un flémard qui se plaint tout le temps, alors vous êtes parti pour les garder vos kilos superflus, si en revanche vous vous motiver à aller courir 3 à 4 fois par semaines, vous perdrez ces foutus kilos.

C’est ce que j’ai choisi de faire, malgré la fatigue, et parfois la perte totale de motivation, j’y suis arrivé, je suis repassé à 68 kilos en quelques mois.

Aujourd’hui, je suis content, je dirai même heureux. Cela peut paraitre étrange mais je ne regrette pas cette horrible période de ma vie. Comme tout ce qui fait mal, cela m’a permis de recevoir la plus grosse claque de ma vie, j’ai grandis.

J’ai réalisé plus que jamais, la chance que j’avais d’être la parmi ceux que j’aime, la chance que j’ai de les aimer et de les détester, de rire avec eux et parfois de me prendre la tête. J’ai finalement réalisé que j’étais en vie.

2011 est l’année où j’ai appris à tourner les pages et à oublier en 48h toutes ces choses qui fâchent et qui empoisonnent. J’ai pris conscience que l‘on pouvait partir en quelques instants sans avoir la chance de finir ce que l’on a commencé.

J’ai appris que l’on pouvait partir sans dire au revoir à ceux qu’on aime, j’ai appris beaucoup de choses, tellement de choses.

Et pourtant aujourd’hui je ne parviens toujours pas à aller jusqu’au bout de moi-même. Vous savez aller jusqu’au bout de soi même pour réaliser des défis insensés. Aller jusqu’au bout de soi même pour que le doute n’ait plus sa place.

Malgré ces épreuves, je n’arrive toujours pas à prendre ce que je pourrais appeler « le risque de ma vie ».

Cela viendra peut être avec le temps, mais pour le moment je regarde ma jolie cicatrice dans le cou et je souris à nouveau.