Pour en partager un peu plus avec vous, voici ce que j'ai réussis à écrire concernant mon hospitalisation.


reead

J’avais promis de vous raconter mes dernières semaines… et je pense que j’ai assez récupéré pour vous faire partager une partie de ma vie, surement la plus perturbante et triste de toutes, mon Cancer de la Thyroïde.

Diagnostic d’un cancer de la thyroïde

Début janvier 2011, je ressens une étrange douleur au niveau des oreilles, j’attends 2/3 jours en pensant que cela va passer, je pense que c’est à cause des dizaines de vols que j’ai pris (parfois un avion peut être mal pressurisé et cela peut provoquer des gênes temporaires aux oreilles)

Je décide d’aller voir un médecin, je me dis… que j’ai peut-être les oreillons une deuxième fois (ce qui est impossible)… quelques minutes après avoir palpé mon cou, il me dit qu’il sent une petit boule en bas du cou, je lui dis ne rien avoir remarqué, puis il me parle de nodule thyroïdien, de thyroïde, pour finir sur le mot… tumeur.

L’espace d’une seconde, j’ai ressenti comme une explosion en moi, ce qu’il m’a dit m’a fait l’effet d’une bombe.

Je fais tout pour avoir dès 7 h mes rendez-vous pour ma prise de sang, mon échographie… je veux savoir ce que j’ai, je me dis que « non ce n’est pas possible, ce médecin s’est trompé »… et les doutes et premiers résultats me mènent à plusieurs prises de sang, d’analyses étranges. Bref, les jours et les semaines passent, et on apprend à vivre avec le fait qu’on a sûrement un cancer, et que l’on y peut malheureusement pas grand chose, il va falloir suivre le protocole medical.

Le dernier test me mène à mon futur chirurgien, il les avait reçu directement du laboratoire, je ne savais pas ce qu’il allait me dire, le suspense de ma vie.

J’arrive le regard vide, je m’installe. Il me parle d’un calme et d’une gentillesse si surprenante que je me détends un peu pour pouvoir l’écouter et parler avec lui.

Il me dit que ce que j’ai est peut être héréditaire, lié à un manque d’iode (je mange pas mal de poisson pourtant)… ou encouragé par la cigarette, un dégoût de la cigarette m’envahit et je jette mon paquet. Je n’ai plus fumé une cigarette depuis près de deux mois, juste après l’annonce du médecin).

Il me regarde et me dit, Reead, il va falloir réaliser une ablation totale de la thyroïde, il y a des cellules douteuses dans vos résultats… Fier, je sens mes yeux se gonfler et je ne sais pas comment j’ai réussi à retenir mes larmes.

Je demande… mais pourquoi ? Ma thyroïde semble fonctionner normalement, tous les niveaux d’hormones thyroïdiennes sont parfaits, et il m’explique que cela n’a rien à voir, que ce type de cancer est lent et guérissable à 99% s’il est prit à temps.

Cette histoire de cancer de la thyroïde me rend fou et je me pose mille questions

Je demande… « Mais cela va changer quoi à ma vie de ne plus avoir de thyroïde Docteur »… un blanc de sa part, puis me dit, normalement rien, sauf si le traitement de substitution à prendre à vie est mal dosé (le dosage peut prendre plusieurs semaines voir mois) et la je peux être en hypothyroïdie : fatigue, prise de poids, rythme cardiaque lent… bref, un zombie quoi.

On programme l’intervention pour la dernière semaine de mars, j’ai encore un mois environ pour m’y préparer… et je dois dire que ce fut une période très dure, entre doutes, incompréhension, et surtout la peur de l’opération, ma première.

Les jours passent et on continue à vivre, de toute façon, je ne peux rien y changer, c’est comme ça désormais, alors je dois faire avec.

Arrivé à 15h30 à l’hôpital, la veille de l’intervention…

Pourquoi si tôt ? soit disant pour prendre ma tension et faire une prise de sang (cela prend 10 minutes). Ils nous surveillent la nuit, j’ai eu le droit à un cachet pour me calmer, je l’ai avalé à 22h, puis à minuit, plus le droit de ne rien boire ni manger, il faut être à jeun pour l’opération.

22h30, une dernière prise de tension, puis l’infirmière me dit « à demain 6h pour la douche ».

5h50 le lendemain, je suis déjà réveillé, j’ai étrangement bien dormi, quelques minutes après l’infirmière entre et me remet une tenue trop fashion : blouse, chausson pour les pieds, et un produit désinfectant, je dois me doucher avec pour être bien propre !

Direction la douche, je commence à faire mousser tout ça et là, je réalise clairement ce qui se passe. Abattu de ne rien pouvoir y changer, j’éclate en sanglots, je me ressaisis assez vite. A ce moment, l’infirmière voyant mes yeux rouges ne me dit rien, me redonne juste un autre cachet pour me calmer, je le prends avec très peu d’eau.

Je commence à être emporté dans un autre monde, le cachet fait effet, mais je me sens si bien que je résiste, je sais toujours et parfaitement ce qui se passe. Je regarde les lumières des couloirs, on s’approche progressivement du bloc opératoire. Une personne s’approche de moi et me demande mon nom, prénom et ma date de naissance. Je n’arrive plus à parler, elle me demande donc de répéter, et là c’est le trou noir.

Même si le risque est minimum (1 sur 100 000), l’idée de se dire que c’est « peut-être la fin » me traverse la tête, et je n’ai dit à personne de ma famille que je me faisais opérer, je ne voulais pas les inquiéter. Et au reste de ma vie : ma musique, mes amis via les réseaux sociaux, les fans adorés, bah, je vous ai tous dit « merci pour ces moments de bonheur… »

Deux heures et demi après l’opération, je suis en salle de réveil, j’ouvre les yeux doucement, je ne sens tellement rien que je demande « c’est fini, s’il vous plait dites moi si c’est fini… ».

Une infirmière s’approche et me dit « oui c’est fini », et là je demande à lui prendre la main, elle me la donne un petit moment, et je me rendors comme un gros chat… on me réveille à nouveau. Je suis parfaitement conscient, je me pose 2/3 questions pour voir si j’ai toute ma tête et je me dis, c’est quoi mon code Facebook?  Je me sens bien, juste très fatigué, j’ai l’impression d’avoir dormi 10 ans, je n’ai tellement pas de force que je n’arrive plus à respirer, on me fout de l’oxygène, et ça va un peu mieux.

Un peu plus tard, retour à ma chambre, c’est enfin terminé, je dors, je n’arrive pas à manger car d’une part, en avalant j’ai une gêne au niveau de la gorge, puis je n’ai aucune force, si je mange un peu j’ai des vertiges et nausées, alors je préfère dormir et laisser le temps faire les choses.

Le personnel soignant a été d’un gentillesse incroyable, tout au long de l’hospitalisation, ils étaient disponibles pour la moindre chose 24 h sur 24, incroyable, sachant qu’ils ne font pas un travail facile.

Vivre sans thyroïde

Nous sommes un peu plus d’une semaine après l’intervention chirurgicale, on m’avait fait peur sur la fatigue, les vertiges… même si je suis encore fatigué, je me sens bien, je suis heureux d’être en vie, de vivre dans ce monde ou rien ne va certes, mais dans un monde que j’aime plus que tout.

Je dois attendre encore des résultats pour savoir si je dois être à nouveau hospitalisé pour une cure d’iode radio actif (avaler un cachet, comme ce que s’arrachent les Japonais en ce moment, mais qui ne doit pas être avalé sans précautions, car il y a un risque de nuire aux femmes enceintes, bébés et animaux).

Bref, je n’avais pas pleuré depuis des années, encore moins été aussi abattu, mais il paraît que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, alors je vais reprendre ma vie en main.